Vous avez déjà écrit et publié de nombreux ouvrages, quelle place a Rhapsodie pour un Nouveau Monde dans votre univers ?
A. Bérard : Je suis moi-même accro à la SF. J’ai environ 2000 volumes dans ma bibliothèque. Il était donc normal pour moi que je m’essaie à ce genre, d’autant plus que ce sera le deuxième publié dans ce genre. Je me suis amusé en l’écrivant, tout ce qui me passait par la tête. En fait, quand j’écris, je m’abstrais du monde réel et en quelque sorte m’identifie au héros du roman. Pas difficile, j’ai moi-même de grandes oreilles ! Et je suis assez aventureux. De plus un monde désertique, je connais, ayant fait mon service militaire en Algérie, j’ai bourlingué à travers le Sahara. D’où l’idée que mon héros ne connaîtrait jamais plus la soif. Parce que sans être un potomane, je l’ai connue ! Quant aux effets des radiations, j’avais un collègue qui avait fait son service à Reggane. Il est décédé à trente balais avec une tête de lézard. La peau sur les os, avec des reflets verdâtres. Le pauvre avait été irradié. Maladie pas reconnue, déni des autorités. Quand je songe à tous les déchets radioactifs déposés en mer, ce n’était pas sorcier d’imaginer un retour à l’envoyeur. Quant au tsunami géant qui nous restitue tout ça dans le roman, c’est inspiré d’un article scientifique qui émettait la théorie que dans un lointain passé, la Terre avait basculé sur son axe, et que avec le réchauffement climatique cela pourrait bien arriver. Je n’invente rien ! Tous les auteurs de SF s’inspirent des dernières découvertes scientifiques, même si elles ne sont pas abouties, à eux d’extrapoler la suite. Au sujet du premier roman de SF publié, Rouge est le sang des étoiles, un titre pour affirmer que quelles que soient nos différences raciales, le sang a la même couleur. L’histoire, un rescapé d’une bataille spatiale qui, au sortir d’hibernation, se retrouve sur une planète d’Antarès et tombe amoureux d’une native à la peau bleue.
L’univers de Rhapsodie pour un Nouveau Monde est très dur, violent à bien des égards, et porte un regard pessimiste quant à l’avenir de la planète Terre. Dans quelle mesure vous pourriez dire qu’il reflète votre vision de l’avenir de notre monde ?
A. Bérard : Effectivement, ce roman reflète ma vison du monde. J’en avais d’ailleurs publié un, L’inhumaine odyssée, aux éditions R C fantasy, qui mettait en exergue les changements climatiques et sociologiques. Je dois être un visionnaire, car dans ce roman Paris était devenu une immense poubelle. Là aussi je vilipendais les apprentis sorcier qui jouent avec l’ADN. J’y réglais d’ailleurs le problème des retraites. C’est aussi d’actualité. L’éditeur ne s’était pas trompé en situant ce roman entre Mad Max et Soleil Vert, film que je n’avais jamais vu . Là encore, ma vision d’un monde futur ressemblait à l’enfer. J’avais imaginé des pluies de fer. Cela a déjà commencé, avec les satellites qui retombent. Toujours le retour à l’envoyeur. C’est déjà arrivé. Je ne sais plus en quelle année, un gros morceau de ferraille est tombé sur une plage de Tel Aviv. Pas de morts, mais une grosse frayeur. Je suis assez pessimiste quand à l’avenir. Les récents séismes en Turquie sont pour moi les prémices de catastrophes sans précédent. Et c’est de notre faute. Toujours le même responsable : élévation de la température, fonte des glaces, le poids des eaux supplémentaire appuie sur les plateaux océaniques et les déstabilise. Je ne suis pas seul à partager cette théorie. Les gens qui prennent l’avion pour aller pisser à l’autre bout du monde, ça me révolte. Eux pratiquent la politique de l’autruche. Après moi le déluge. Pas moi. Je pense à mes petits enfants. Quel monde leur laissons-nous ? Je souhaite qu’il ne soit pas comme dans Rhapsodie pour un nouveau monde où L’inhumaine Odyssée. En plus, il y a le soleil qui s’en mêle. Voir des aurores boréales en France, ce n’est quand même pas normal. Je soupçonne les radiations solaire de n’être pas étrangères à la violence que nous connaissons actuellement !
Vous semblez avoir une certaine facilité à écrire, en tout cas vous êtes très prolifique. Comment s’est passée la naissance de ce roman ? Quelles sont ses origines ?
A. Bérard : L’origine de ce roman remonte à loin ! Cela fait quelques années. En fait, je voulais faire une histoire de mutants. Pas des brebis à deux têtes ou des moutons à cinq pattes ! La mythologie m’a bien aidé. Voir le Cyclope. Il n’avait qu’un œil, j’en ai collé trois à ma mutante. Peut-être le troisième œil des légendes Hindoues? Et que vient faire Adolph dans ce roman ? C’est simple. Mon fils a eu sa période punk, se trimballait avec un rat blanc sur l’épaule. Quand il s’est mis en ménage et m’a fait une petite fille, j’ai hérité d’Adolph. Il logeait dans mon grenier. Quand j’y montais pour lui apporter sa pitance, il dégringolait des poutres à toute allure pour venir se frotter à mes jambes. C’est très intelligent un rat. C’est pourquoi je les ai imaginés comme successeurs potentiels de l’humanité.
Y a-t-il des inspirations d’événements réels dans ce roman ?
A. Bérard : Pas d’événements réels dans ce roman, qui découle simplement d’un article scientifique sur les lithophages. Oui, ça existe. C’est tout petit, une bactérie. J’en ai fait un gros monstre à l’appétit insatiable et de surcroît impossible à éradiquer. Que les lecteurs se rassurent, cela ne risque pas d’arriver. Quoique… Jules Verne avait bien imaginé le voyage dans la Lune et c’est désormais une réalité ! J’espère seulement que mes lithophages resteront du domaine de l’imagination. Tout comme mes mutants. Y compris les mangeurs d’homme. Quoique dans un passé pas si lointain l’Homme était au menu des tribus de Papouasie. L’image d’Épinal du missionnaire en train de cuire dans la marmite m’a bien fait rire. C’est pourquoi j’ai décidé de mettre des anthropophages dans le récit puisque cela a existé. Se souvenir du crash d’avion dans la Cordillère des Andes, les rescapés ont survécu en mangeant les morts, à éviter si j’en crois un article scientifique que j’ai lu : l’Homme de Néandertal aurait disparu parce qu’il mangeait la cervelle de ses ennemis, ce qui aurait provoqué une maladie proche de la vache folle !
La musique a une place très symbolique dans le roman. Quelle est sa place dans votre vie ?
A. Bérard : J’écris en musique ! En abreuvant mes trompes d’eustache de jazz. Étant ado, je suis descendu jusqu’à Antibes pour un concert de Sydney Bechet. Dans le livre, je fais référence à Thélonious Monk, mon pianiste préféré. J’adore aussi le xylophone de Lionel Hampton. Ses notes claires qui roulent en cascade donnent du rythme à mon écriture. Et Billie Holiday, sa voix rauque me fait des zigouiguis partout partout ! J’ai même converti ma mère, qui était plutôt portée sur la musique Alsacienne, en l’invitant à un concert de l’orchestre de Glen Miller. Elle a été enchantée. Moi également. A son enterrement, j’ai souscris à ses dernières volontés, en diffusant son disque préféré. Sing Sing de Benny Godman. Il évoquait pour elle des chasseurs massais courant dans la savane. Je me le repasse de temps en temps. Sing Sing donne des ailes à mon écriture. Je ne suis pas le seul auteur à écrire en musique. J’ai connu Maxime Chattam à ses débuts à Gérardmer, qui également écrit en musique et dans la préface de ses livres indique tous les titres des morceaux écoutés en l’écrivant.
Si vous étiez un personnage de ce roman, quel type de mutant seriez-vous ?
A. Bérard : Bien entendu, si j’étais un personnage du roman, je serai Jorg : de grands oreilles captent mieux la musique ! Quoique… Non, à la réflexion. Jorg n’a plus besoin de boire. Or je suis un sybarite qui ne déteste pas un verre de bon Bordeaux. Je préfère Ron Landry. Il me convient mieux. J’ai toujours rêvé des étoiles. J’ai même étudié l’astronomie, en dilettante. J’ai arrêté parce que je suis nul en maths. Calculer une orbite d’après les lois de Kepler, trop ardu pour moi. Mais cela ne n’empêche pas de rêver. Je me vois bien filer dans l’espace, avec un chalumeau géant aux fesses ! Et pourtant, en réalité je n’aime pas l’avion. Si le bon Dieu avait voulu que je vole, il m’aurait donné des ailes. Par contre, je nage comme un poisson. Pas comme Jorg, qui n’a jamais trouvé assez d’eau pour apprendre, et qui a failli se noyer dans une cave inondée ! Donc, c’est décidé, j’opte pour Ron Landry l’astronaute.

Merci à Alain Bérard pour cette interview ! Vous pouvez retrouver nos autres interviews d’auteur sur YouTube !
A bientôt pour plus d’interview’z !